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Blog : Métiers verts et éducation

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La Grande misère des petites gens au XVIIème siècle.

 


Les paysans aux XVIIème siècle.
L'auteur d'un almanach de 1661 "L'état de la France", passant en revue les différentes classes de la société, disait à propos du paysan: "Quoiqu'il soit plus nombreux que les autres, il ne nous fournit que fort peu de matière de discours. Nous pouvons seulement dire que c'est sur lui qu'on lève les tailles et qu'il cultive les biens de la terre pour la nourriture des villes."

C'était presque la phrase d'Adalbèron, à Robert le Pieux, six cent ans plutôt: "Fournir à tous l'or, la nourriture et le vêtement, telle est l'obligation de la classe servile."

Cependant la situation du paysan s'était améliorée dans une certaine mesure. Le servage avait à peu près disparu. Au total il restait un million de serfs environ, presque exclusivement sur des terres d'Eglise. Il faut remarquer toutefois que ces serfs avaient la faculté, qui leur était refusée au Moyen Age, de se rendre libres dès qu'ils le voulaient, simplement en quittant la terre soumise au servage. Le serf n'était plus attaché à la glèbe ; le seigneur n'avait plus le droit de le retenir. Un assez bon nombre de paysans étaient devenus maîtres du sol, soit directement, en pleine propriété, par l'achat ; soit indirectement, en le louant à perpétuité au prix d'une rente perpétuelle. Mais la grande majorité d'entre eux étaient "manœuvriers" ou "journaliers", c'est-à-dire des ouvriers agricoles, pareils aux ouvriers des villes, vivant au jour le jour d'un salaire incertain et médiocre. 

Charges des Paysans.
 Améliorée par certain côtés, la situation des paysans s'était singulièrement aggravée par d'autres. Pour eux le Moyen-Age  durait encore et se prolongeait dans le dix-septième siècle, puisqu'il leur fallait toujours payer aux seigneurs les droits féodaux, au clergé la dîme. Mais il leur fallait en même temps supporter les charges de l'Etat moderne, et payer à l'Etat les impôts, tous les impôts, les directs et les indirects. Le mode d'établissement ou de perception de certains  de ces impôts, augmenté des "mangeries" et des "friponneries" (corruption) des percepteurs en aggravaient encore le poids. On a calculé que lorsque le paysan avait payé le roi, le seigneur et le curé, sur cent francs gagnés par lui, à peine lui en restait-il vingt-cinq. Pour vivre et faire vivre sa famille, on lui laissait le quart du revenu de son travail, et il lui restait encore à payer tout les impôts indirects. 

Misère des Paysans. (…) (Je résume: les différents impôts accablent le petit peuple, et cela ne fait que s'aggraver durant tout le règne de Louis XIV. L'Etat manque d'argent, s'endette de plus en plus et tente de résoudre la situation en créant  sans cesse des impôts nouveaux.) (Certain impôts sont terribles comme la gabelle, impôt sur le sel, produit de première nécessité. La gabelle est perçue de manière impitoyable par des douaniers spéciaux : les gabeloux. Ceux-ci sont  habilités à perquisitionner à domicile de jour comme de nuit pour découvrir du sel de contrebande chez l'habitant.) (L'auteur donne une note positive à Colbert pour des tentatives d'aide aux paysans, qui cependant se soldèrent par un échec total.) Sous le ministère même de Colbert, des soulèvements éclatèrent provoqués par la misère, en 1670 dans le Vivarais, en 1675 dans toute la Bretagne. Ici, le soulèvement eut plus particulièrement pour cause l'impôt du sel, la gabelle. Près de 25.000 paysans s'étaient insurgés. La répression fut sauvage. On lâcha 10.000 soldats sur la province. "Les arbres commencent à se pencher sur les grands chemins du poids qu'on leur donne", racontait  le gouverneur de Bretagne, faisant allusion aux pendaisons en masse. (Madame de Sévigné nous  décrit à ce sujet  une autre  scène d'horreur dont j'expurge le texte.)

La Bruyère traçait du paysan, son contemporain, un portrait demeuré justement célèbre :  "L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides, et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible. Ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes. Ils se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines. Ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé."

Ce n'était pas là exercice de style et phrases d'auteur. Il est historiquement vrai que les paysans manquèrent souvent de pain, même dans la période la plus brillante du règne. "Les pauvres gens meurent, par toute la France, de misère, d'oppression, de pauvreté et de désespoir", écrivait, en 1660, un médecin célèbre, Guy Patin.  En 1675, l'intendant du Berry déclarait que "les laboureurs y étaient plus malheureux que les esclaves en Turquie". "La plus grande partie des habitants n'ont vécu, pendant l'hiver, que de glands et de racines, écrivait, le gouverneur du Dauphiné, et, présentement on les voit manger l'herbe des prés et l'écorce des arbres." "Je ne vois que des gens qui n'ont pas de pain, qui couchent sur la paille et qui pleurent" racontait en 1680, Mme de Sévigné. "Les habitants sont obligés, faute de pain, de manger  de l'herbe bouillie", écrivait en 1684, l'intendant du Poitou. Des commissaires royaux envoyés pour enquêter sur l'état de l'Orléanais et du Maine, en 1687, déclaraient qu'on n'y trouvait plus "de laboureurs aisés". "Dans leur maison, on voit une misère extrême, ajoutaient-ils, on les trouve couchés sur la paille; point d'habit que ceux qu'ils portent, presqu'en lambeau, point de meubles, point de provisions pour la Vie. Tout y marque la nécessité." "La France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provision", disait l'archevêque de Cambrai, Fénelon, en 1692.  Vauban qui avait parcouru la France en tout sens, estimait, en 1707, à deux millions – un neuvième de la population – le nombre de mendiants que "la faim et la nudité chassaient de chez eux". "Il y a tel pain, écrivait-il, qu'on ne peut lever par les pailles d'avoine dont il est mêlé.  Le commun du peuple ne mange pas trois fois de la viande par an. Les trois quart sont vêtus, hiver et été, que de toile à demi pourrie et déchirée, et chaussés de sabots dans les quels ils ont le pied nu toute l'année." 

La fin du règne : la misère générale.
 A la fin du règne, par suite de la guerre de la Succession d'Espagne, la misère devint à peu près générale et atteignit la plus grande partie de la nation. Selon la saisissante expression de Saint-Simon, on avait recherché l'argent "jusque dans les os des sujets". En 1709, on eut faim même à Versailles et l'on vit, aux grilles du château, les laquais du roi mendier. Il y eut des émeutes dans Paris et l'on dut employer la troupe pour arrêter au pont de Sèvres les femmes de la halle marchant sur Versailles pour y réclamer du pain. "On voit des gens que la nécessité transporte, écrivait alors Madame de Maintenon; nous en viendrons à ne plus pouvoir sortir avec sûreté". La population tomba de dix-neuf millions à dix-sept ; si bien qu'une grande partie du royaume restait en friche. 

 

En homage à nos inombrables ancètres paysans: une pensée pour eux en visitant le chateau de Versailles, ou l'une des nombreuses citadelles de Vauban qui parsément les frontières de la France.

 Ce texte est une transcription et adaptation  par YG pour les Végétaliseurs, d'un extrait de l'ouvrage d'Albert Malet ancien professeur agrégé d'histoire, auteur du manuel scolaire "Histoire Moderne" (1498-1715) selon le programme scolaire secondaire 1902.


Tags : louis XIV XVIIéme siècle paysans campagne misère malnutrition roi soleil vauban sévigné bretagne vivarais colbert histoire


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Commentaires laissés par les membres :

1 . le 15/04/2009, par alfafaGrand Végétaliseur

Article fort bien documenté comme à ton habitude ! Les conditions de travail étaient bien moins appréciables que de nos jours…

2 . le 02/04/2009, par clairefontaineGrand Végétaliseur

Pour mèmoire je fais allusion aux citadelles de Vauban. J'en parle car elles ont couté le sang du peuple. La citadelle de Besançon par exemple a couté des sommes colossales comprable au coût du chateau de Versailles. Elles ont couté si cher que les impots sans cesse augmenté ont créer une catastrophe financière qui s'est développé en famine généralisée.

3 . le 02/04/2009, par jardinieredusudGrand Végétaliseur

c'est un texte très émouvant, mais ne le retrouve t-on pas à l'identique actuellement dans certaine partie de notre monde ? alors qu'au 21 ème siècle ceci ne devrait plus exister . j'ai visité plusieurs citadelles construite par Vauban, un architecte militaire de génie, mais beaucoup ont du se "tuer" à la tache lors de leur édification

4 . le 02/04/2009, par gorgorlouGraine de Végétaliseur

L'histoire de l'humanité est faite d'évenements parfois cruelles que seule la cupidité de certains a causé.Heureusement qu'il y avait des gens intelligents comme La Bruyere qui coolement se revoltait .Merci Yves

5 . le 01/04/2009, par jeannieGrand Végétaliseur

belle thèse! tu aime l'histoire à ce que je vois! c'est bien de rappeler comment les ::petites:: gens ont pu être malheureux!!de quoi se pleint-on maintenant!!les choses ont évoluées, mais le progrès est il meilleur!!!merci pour cet exposé! j'ai visité quelques citadelles de Vauban!!combien sont morts pour les construire!!!

6 . le 01/04/2009, par maomaoGrand Végétaliseur

Bel hommage, merci beaucoup !.. qu'ils devaient être ingrats, les puissants responsables d'un pareil système : mordre ainsi la main qui les nourrit !!!

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