Coccinelle asiatique : les envahisseurs sont parmi nous !
Printemps dernier : comme prévu, le pied de fenouil à graines que je cultive aux abords du potager se couvre de pucerons. Vigoureux et résistant, il fait partie de mes plantes sacrifiées aux besoins du jardinage bio : en attirant les premiers pucerons, il attire aussi leurs prédateurs : syrphes et coccinelles qui, une fois le nettoyage complet du fenouil, se répandent et se nourrissent des pucerons qui osent s’aventurer sur les plantes potagères et les autres fleurs. Jusqu’ici, la méthode a plutôt bien fonctionné : en dix ans, je n’ai pas eu d’attaque majeure au jardin et je n’ai jamais utilisé d’insecticide.
Mais revenons à nos pucerons... Rapidement, les premiers syrphes accourent toutes ailes dehors et se jettent voracement sur le garde-manger. Deuxième phase : quelques coccinelles rebondies font leur entrée et revendiquent leur part du festin. Pas de problème, les pucerons sont au rendez-vous et la touffe de fenouil en pleine forme (deux mètres de haut) en sortira indemne. La jardinière bio que je suis est aux anges : contemplative et paresseuse, elle se dit que laisser faire la nature est décidément une bonne idée.
Troisième phase : les syrphes se raréfient alors que de petites bestioles noirâtres à gros yeux plus laides que des aliens irradiés entrent en scène. Pas de panique et même bonne nouvelle : ce sont des larves de coccinelles.

Je n’en ai jamais vu autant. Les larves se multiplient comme des petits pains. J’en dénombre rapidement plus d’une centaine sur une même plante. D’autres fenouils en abritent également, en moindre quantité. 2007 s’annonce décidément sous le signe des coccinelles. Au fil des jours, le fenouil est récuré. Plus un puceron. Les larves en arrivent même à s’entredévorer. Charmantes bêtes à bon dieux…
Même si cette prolifération est bénéfique pour mes cultures, une petite voix me serine que quelque chose cloche. J’ai entendu parler de lâcher de coccinelles en agriculture bio. En a-t-on déversé des tonnes par hélico au dessus de la Champagne ? Recherches faites sur le net, j’apprends que je suis à la tête d’un élevage de coccinelles asiatiques.
La coccinelle asiatique ou Harmonia axyridis, importée de Chine, a été testée en lutte biologique dans différentes régions de France dans les années quatre-vingt-dix. Les coccinelles asiatiques apprécient l’art de vivre à la française. Elles se sont parfaitement acclimatées, elles poursuivent une expansion massive dans de nombreux pays d’Europe (France, Suisse, Belgique…) et menacent aujourd’hui les espèces indigènes, plus petites et moins vigoureuses.
L’observatoire permanent pour le suivi de la coccinelle asiatique en France recense sa progression grâce aux signalisations de particuliers et L’INRA coordonne un projet d'étude de la dynamique d'invasion de la coccinelle Harmonia axyridis.
En conclusion, que penser de cet été 2007 ? Les coccinelles asiatiques sont-elles nuisibles ou un formidable allié du jardinier ? Super héros du potager, sans aucun doute, mais aussi une réelle menace pour la grande variété de coccinelles indigènes.
Pour ma part, je ne conçois pas d’éliminer celles qui envahissent mon jardin. Outre leur voracité bienvenue, je ne vois pas pourquoi je leur ferai payer les erreurs des hommes. Et puis, côté photo, j’avais un merveilleux sujet à quelques mètres de ma porte d’entrée. Alors, je les laisse vivre leur vie, mais je les ai quand même dénoncées à l’Observatoire permanent.
L'une des nombreuses espèces indigènes : la petite coccinelle à damiers

La coccinelle asiatique de l'oeuf à l'adulte
Oeufs de coccinelle asiatique

Pupe de coccinelle asiatique

Adulte tout juste éclos : encore jaune, la coloration apparaitra bientôt

une coccinelle en forme olympique !!!