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La "musicologie de la nature", c'est non seulement un art véritable, mais aussi une source de bien-être et de détente au quotidien. Place aux experts !

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Sons de la nature

Je garde un souvenir ému de mon premier jeu d'ordinateur: c'était sur Atari 500, quelque chose qui effraierait aujourd'hui l'historien le plus conservateur; c'était "Lemmings 2 - the tribes", qui m'intronisait chaque soir monarque d'une petite communauté de lemmings, en me confiant la tâche ardue de préserver d'aventures incroyables... manqué, mon plus grand bonheur était précisément de les faire tous exploser, au cours d'un suicide de masse des plus hauts en couleur!

Ce n'est pas par hasard que les concepteurs du jeu avaient imaginé cette fonctionnalité: c'est qu'on prête d'ordinaire à ce petit rongeur (de 7 à 15 cm) un comportement que l'on pourrait penser l'apanage de notre seule espèce: le suicide!.. oui, mais que n'a-t-on pas dit sur le lemming?

Tout commença en 1530: à cette date un géographe apparemment porté sur la drogue ou l'alcool - Ziegler de Strasbourg - soutint que lemmus lemmus était engendré, comme la pluie, dans le coeur des nuages, et tombait sur Terre à l'occasion d'orages violents, pour y mourir tout aussi brusquement comme poussaient les premières herbes drues... ça commençait bien :)

Naturellement, les progrès de la biologie tordirent le cou relativement vite (en seulement deux siècles) à pareille absurdité - j'aurais bien aimé assister aux débats. Mais une croyance populaire a survécu jusqu'à nos jours, que n'ont fait que renforcer des institutions aussi honorables que National Geographic ou des personnes aussi célèbres que Walt Disney, sans parler de mon jeu susnommé: celle que le lemming était capable de suicides collectifs dès lors qu'il estimait sa population trop importante.

Cela m'a toujours fasciné: plus j'y pensais, plus je m'émerveillais de ce que supposait de conscience sociale, d'intelligence et d'évolution le fait de réguler la population de sa propre espèce en s'ôtant soi-même la vie!.. vous vous rendez compte?.. d'où ma déception lorsqu'on m'a dit qu'en fait, on s'était bien foutu le doigt dans l'oeil.

Et le cheminement vers l'erreur avait été le suivant. Il existe d'innombrables sortes de lemmings, dont les plus importantes sont celles dites des toundras, des steppes ou des forêts... mais l'une d'elle, mineure, celle de Norvège, présentait plus d'une incongruité démographique, à savoir une explosion brutale et périodique, à savoir doublement, triplement de la population, suivie d'une décroissance tout aussi spectaculaire: si la première était aisément imputable à la nature "chaud lapin" des lemmings, la seconde, elle, était inédite; et comme certains témoignages faisaient état de centaines de ces animaux se jetant simultanément du haut d'une falaise... que voulez-vous, on eut tôt fait de conclure au suicide salvateur, en négligeant tout ce que cela supposait d'extraordinaire... et de merveilleux!

Hélas, tout autre et plate est la véritable explication!.. le lemming de Norvège a pour principal prédateur l'hermine, laquelle se reproduit massivement tous les quatre ans; la nature est si bien faite que les rongeurs, anticipant le danger que cela représente pour la survie de l'espèce, se multiplient à leur tour: MAIS... mais les terres de Scandinavie ne suffisant pas toujours à nourrir tout le monde, des migrations se forment qui voient d'impressionnants troupeaux parcourir en tous sens les mornes étendues: en tous sens, donc, parfois, jusqu'aux hautes falaises donnant sur l'Atlantique!.. bien entendu, les premiers rongeurs parvenus au bord s'arrêtent net, mais c'était sans compter sur la formidable force d'inertie d'un troupeau de millions de bêtes, aussi petites soient-elles: et tout n'est que bousculade et confusion, qui bien souvent se termine assez tragiquement pour les malheureux premiers!

Bref: à mon grand regret, le mythe du suicide collectif des lemmings n'est, justement, qu'un mythe, en cela qu'il ne correspond pas à la réalité, mais procède d'une hâtive interprétation de cette dernière: mais qu'importe, au fond, ce qu'il en est vraiment?.. comme si les mythes n'étaient pas essentiels à l'Homme et ne nous rendaient pas heureux, comme s'ils n'étaient pas l'interface rassurante et riante entre une nature que l'on ne comprend pas toujours, et nous?



Tags : lemming rougeur mythe suicide collectif

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Commentaires

1 . le 18/11/2008, par maomaoGrand Végétaliseur

Tout à fait d'accord! Et d'ailleurs, l'absence de pic de population et le réchauffement climatique pourraient être liés d'une façon supplémentaire: en effet, le réchauffement climatique, qui affecte tout particulièrement les hautes latitudes (par force centrifuge), repousse les populations d'hermine plus en altitude, donc au-dehors de la zone des lemmings: ces derniers voient donc diminuer la pression des prédateurs, et, partant, éprouvent moins le besoin de se reproduire massivement.

2 . le 17/11/2008, par nathbGrand Végétaliseur

Moins mythique que le suicide collectif : le réchauffement climatique. Selon un article récent de la revue Nature, il n'y a pas eu de pic de populations depuis 15 ans, ce qui met en danger l'espèce et toute la chaîne alimentaire qui en dépend. Voir un article du Nouvel Obs : Où sont passés les lemmings? http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/20081106.OBS9778/?xtmc=lemmings&xtcr=1

3 . le 15/11/2008, par crisandreVégétaliseur en fleur

Intéressant suicide d'un mythe, super documenté.


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