Plus de Pommes, encore plus de Pommes, toujours plus de Pommes!
Les incantations de l'ancien temps!
Quand on s'adressait aux arbres comme à des êtres doués d'intelligence!
En Auxois, la veille du Jour de l'An, l'aïeul faisait que ses petits-enfants aille souhaiter la bonne année aux arbres du verger; Munis d'une petite mèche de paille allumée, ils vont vivement frapper au pied de chacun d'eux en disant "Bonne année de poires, pommes, prunes, etc.", suivant celui auquel ils s'adressent.
Le premier de l'an, sitôt levé le paysan Wallon entre dans le jardin, formule un souhait de bonne année, et adresse à chaque arbre ces paroles; "Arbre, je t'étrenne, si tu ne veux pas porter plus que l'an passé, ne porte pas moins non plus". Et il se hâte de nouer un lien de paille autour du tronc, probablement pour fixer le vœu;
A la même date, dans le pays de Liège, des gens disent en enroulant ce lien de paille: "Jv' sohaite ine bonne annélie, à l'wâde di Diu".
Des vœux de récolte fructueuse sont aussi exprimés avec des formes presque rituelles, à d'autres époques. Le dimanche des Brambons, à la chute du jour, les collines et les plaines de la Bresse présentaient le spectacle d'une infinité de torches ardentes que les enfants portaient ça et là et agitaient principalement sous les arbres fruitiers en criant: "Plus de fruits que de feuilles"; Il y a quelques années, ils criaient: "Pourta, pomi, atant de foliet quédé fruit."
En Basse-Normandie, on se promenait sous les Pommiers, la veille ou le jour des Rois, avec des torches allumées, et l'on croyait provoquer une récolte plus abondante en disant:
(Les garçons):
A chaque branquette,
Tout plein de pouquettes.
(Les filles)
A chaque bourgeon,
Tout plein de cotillons.
Aux environs de Bayeux, d'Isigny et dans les Basses-Alpes, cet usage avait pour but d'éloigner les enchanteurs et d'avoir beaucoup de fruits.
Dans le Bessin on chantait:
Pipe au pommier
Guerbe au boissey.
Dans quelques pays cette promenade est accompagnée de menaces, qui supposent que ceux auxquels on l'adresse peuvent les comprendre; Lorsque les enfants du Perche s'arrêtent, le dimanche des Abradons sous les pommiers, avec des torches allumées, ils chantent chacun d'eux cette formule comminatoire!
Pomeri
Pmerol,
Si tu m'apport's pas des pommes,
J'te brule la barb' jusqu'au petit sicot.
En Savoie, les campagnards promenaient dans les jardins et les vergers, les chaufairons ou brandons et les présentaient aux arbres nourriciers en disant: "Regardez, si vous ne portez pas de bons fruits, vous serez arrachés et brûlés selon le mot de l'Evangile."
Aux environs de Malmédy (Wallonie prussienne) on brule, la veille de la Saint Martin, une gerbe de paille dans le verger en disant: "Bon Saint Martin, avoyoz-nos des pommes et des peûres (poires), des biloques du pourçai (sorte de prunes), des pèches po l's ouhais (des baies d'aubépine pour les oiseaux), don, don, s'i v'plait bain".
Cet usage est pratiqué à la même date à Andrimont au pays de liège.
D'autres observances, constatées plus rarement, ont aussi pour but d'assurer une bonne récolte. Dans quelques localités de Picardie, le jour des Brandons, à la tombée de la nuit, on dansait en chantant:
Breaudé, breaudon,
Par mandalée par quateron,
Pour les enfants de no moisons.
Aux environs de Genève, le premier dimanche de mai, on promène un mannequin revêtu de feuilles, et que l'on appelle pour cela feuillu ou folhiu, en criant à tue-tête:
Folhiu! Folhiu!
Mé de fruita que dé fllhes!
En Languedoc, on récite cette prière:
O santa Maria!
Que lous ouliviès
Tenguou mai encara
Que sous anounciès!
O Sainte Maria
Que les oliviers
Aient plus de fruits
Qu'elles n'en ont annoncé (par les fleurs)
In: Paul Sebillot. Le Folklore de France. Tome III: La Faune et la Flore Ed. Guilmoto 1907
Redition integrale Omnibus 2002
Transcription par Yves Gonnet pour les végétaliseurs le 28 août 2008.
Merci pour ce beau texte, ainsi que son origine (je vais faire l'acquisition de cet ouvrage...).
Oui, on peut communiquer avec les arbres, qui nous transmettent leurs force... outre le plaisir de les admirer !
Merci pour ce beau texte, ainsi que son origine (je vais faire l'acquisition de cet ouvrage...). Oui, on peut communiquer avec les arbres, qui nous transmettent leurs force... outre le plaisir de les admirer !