Histoire d'un Arbre : Chêne sacré : l'Arbre Ferrat.
A Saint-Andèol-de-Berg subsiste dans la forêt de Berg le "cadavre" d'un grand chêne dit Arbre Férré. Pendant des siècles il a été l'objet de pèlerinages au cours desquels les hommes plantaient des bouts de fer, des clous dans son tronc et dans ses grosses branches. Il a été foudroyé il y a une vingtaine d'années : grande et belle mort pour un géant sacré!… Depuis les habitants vont encore le voir, en général le lundi de Pacques.
Combien de temps a-t-il vécu? Certainement de nombreux siècles, entre " 500 et 2.000 ans", puisque cette espèce peut vivre durant cette large tranche d'âge.
Il se trouve au centre d'un massif forestier resté intact alors que les autres bois ont été défrichés par les moines de Mazan. "Quand on a construit la ligne de chemin de fer Lyon-Nîmes, on a coupé tous les gros chênes des environs pour fabriquer des traverses; seul ce chêne a été respecté." (M.Ribon 1938)
Le site est impressionnant, même de nos jour, pour qui sait voir, écouter, sentir, imaginer. On devine en ce lieu la présence d'un Grand Passé. Le géant se trouve dans une grande clairière en pente douce pouvant contenir d'importantes assemblées. De là on aperçoit le Rocher de Sampzon, la dent de Rez, la Montagne Sainte-Marguerite, tous lieux de cultes préhistoriques. A quelques centaines de mètres au-dessus se trouve une clairière dites des fées; à quelques centaines de mètre au-dessous la Grange de Berg, ex-maison monastique.
Un braconnier un jour a découvert un petit trésor à proximité en plaçant un collet. Il l'a montré à mon père pharmacien du chef-lieu. Il s'agissait de quelques pièces moyenâgeuses dont deux en argent. Ce trésor avait-il été confié à la garde du géant? Etait-ce un ex-voto?
Les quelques éléments que nous possédions permettent d'affirmer qu'il s'agissait d'un culte à cet arbre considéré comme sacré. Etait-ce la survivance du culte au dieu gaulois Robur ou dieu Chêne? Certainement.
Que venait demander les pèlerins? Par manque de documents nous sommes obligés de procéder par analogie. (ressemblance/différence).
"Au VIIème siècle Saint-Eloi s'élevait contre ces insensés qui venaient prier les arbres en portant des flambeaux, qui pour guérir leur troupeaux les faisaient passer par les brèches que la vieillesse ouvre dans les troncs creux et qui n'osaient les brûler quand on les coupaient." (Michel et Clèbert 1979).
"A Bagnoles de l'Orne jadis on pouvaient voir des pierres attachées à des arbres par des malades. Chaque pierre représentaient une maladie que l'arbre devait accueillir et guérir." (Michel et Clèbert 1979)
En Bretagne à Ploumanac'h les jeunes filles désireuses de se marier dans l'année plantaient des épingles dans le nez de la statue en bois de Saint-Guirec; à Sainte-Anne-d'Auray. Dans le même but elles plantaient des épingles dans le nez de la statue en bois de Saint-Guirec; à Sainte-Anne-d'Auray dans le même but, elles plantaient également des épingles dans le pied de la croix du calvaire du cloître.
Nous pensons que les morceaux de fer et les clous plantés dans l'Arbre Ferrat avaient une signification semblable à celle des pierres de Bagnoles de l'Orne et des épingles de Bretagne.
Dans d'autres régions de France on pourrait sans doute trouver d'autres exemples qui nous aideraient à mieux comprendre ces cultes des arbres. A notre avis les arbres étaient des "menhirs vivants" qui par leur racine captaient les courants telluriques et par leur tronc les courants célestes.
Transcription de Yves Gonnet pour les végétaliseurs le 14/08/02008
In: Pierre Ribon, Guérisseurs et Remèdes Populaires dans la France Ancienne, Cévennes, Vivarais, Editions Horvath, 1993.