Le Bon Docteur Cazin sauve la Vie d’un Indigent avec de l’Ail et du Romarin.
Boulogne sur Mer 1845 : Récit Authentique.
L’usage du romarin dans les fièvres pernicieuses (terme n’existant plus au Larousse médical, on peut supposer une très forte fièvre avec danger mortel) m’a suggéré par une circonstance qui se rencontre souvent à la campagne, savoir : la pénurie des moyens ordinairement employés. J’étais au village de Verlincthun ; on me prie de visiter un malheureux qui, me dit-on, est sur le point de mourir. Je trouve, dans une chaumière située sur le bord d’un marais, un homme de quarante an, environ, malade depuis huit heures, couché sur une paillasse, occupant une place éclairée par un carreau fixé à demeure, où l’air n’était jamais renouvelé, et dans laquelle deux personnes ne peuvent se mouvoir sans se coudoyer. Un état complet d’immobilité, la face décolorée, les yeux à demi ouverts, un délire taciturne, un pouls faible, petit, concentré, mais peu fréquent, la langue dans son état naturel, la respiration courte, mais sans gêne, sont autant de symptômes qui me font croire chez ce malheureux, à l’existence d’un accès de fièvre intermittente pernicieuse. Demander de l’ail pour l’appliquer, non à la plante des pieds qui est dure et calleuse, mais sur les genoux ; aller dans le jardinet à la recherche de quelque plante excitante, cueillir des sommités de romarin, en préparer une infusion concentrée, en administrer immédiatement au malade, tout ceci ne fut que l’affaire d’un instant :
J’avais annoncé que si l’on parvenait par ces moyens à se rendre maître de l’accès, le malade serait beaucoup mieux ; mais qu’un second accès, beaucoup plus dangereux, aurait lieu si on ne se hâtait de le prévenir par le moyen de sulfate de quinine, que je promis de remettre à la personne qui devait venir, le lendemain de bonne heure, me donner connaissance de l’état du malade. N’ayant vu personne, je le cru mort. Cependant, quatre jours après on vint me dire qu’il allait beaucoup mieux ; mais que l’intervalle que j’avais annoncé n’ayant pas eu lieu, on s’était contenté de continuer l’usage de l ‘infusion de romarin. Je me transportai de suite près de ce malade, que je trouvai dans un état satisfaisant. Il avait retrouvé son intelligence, le pouls était mou, développé ; une chaleur halitueuse (peau chaude et moite, odeur de sueur) de la peau, quelques instants de sommeil, une soif modérée, le jeu naturel et activé de toutes les secrétions, annonçaient le résultat d’une réaction salutaire et le rétablissement prochain de la santé.
L’ail avait produit une rubéfaction (très forte irritation) vive et quelques phlyctènes (grosses ampoules). Cette révulsion avait ouvert la marche vers l’amélioration, l’infusion stimulante l’a continuée. On n’est pas étonné de cet effet quand on réfléchit que le romarin contient un principe gommo-résineux, une huile volatile limpide très odorante, et du camphre en plus grande quantité que la plupart des autres labiées.
In :F.-J. Cazin « Traité Pratique et Raisonné des Plantes Médicinales Indigènes » 1.185 pages P.Asselin éditeurs 1868.
(Réédition à l’identique : Jalons des Savoirs 1997)
Explication de texte : J’ai volontairement laissé les termes médicaux de l’époque. Une recherche dans le Larousse Médical montre qu’ils ne sont plus utilisés. Le principe d’appliquer sur la plante des pieds un cataplasme ou une pommade à base d’ail broyée ou d’une autre plante irritante semble être une pratique totalement tombée en désuétude. Wikipédia donne cette explication : « une explication plus contemporaine pourrait être que le flux sanguin provoqué et le stress sur la peau pourrait respectivement décongestionner la zone sous-jacente (par effet dit de « révulsion »), et donner un coup de fouet au système immunitaire. »
Je propose ce petit jeu : Qui saurât traduire la citation latine?
F.-J. Cazin dont vous ne connaissez pas le nom est pourtant tout à fait connu par tous les amateurs de médecine par les plantes. En effet les travaux considérables entrepris par lui entre les année 1850 et 1868 (jusqu’à sa mort), et qui sont une somme complète et analytique, (avec de nombreux essais cliniques, et comptes rendus d’expériences vécues de médecin de l’Europe entière), donc une somme complète du savoir populaire et scientifique de son temps, des vertus médicinales des plantes indigènes du sol français, voir Européen. L’ouvrage complet fait plus de 1.000 pages, et il faut croire que l’on prend tout de même soin de notre patrimoine national, car cet ouvrage vient d’être réédité à l’identique. Cet ouvrage sert de référence de base à tout les ouvrages existants de phytothérapie, aromathérapie, et médecine par les plantes. On ferait bien de s’y referer car c’est la source de tout ce qui est dit ailleurs.
Il est à noter que le souci du docteur Cazin était nullement (en aucun cas) de trouver une médecine plus naturel. Non : c’était un philanthrope, et le souci de toute sa Vie a été de trouver des solutions simples et peu onéreuses pour soigner les indigents des campagnes, et il y en avait beaucoup à cette époque. Les préparations d’apothicaire étaient bien trop chères pour ces miséreux. L’exemple ci-dessus donne un bon exemple de ce qui se faisait à l’époque. La pharmacie était dans le jardin. La personne était malade : on allait cueillir les bonnes plantes, elles étaient là à porter de la main devant ou derrière la maison.
Article écrit et compiler par Yves Gonnet pour les végétaliseurs le 27 août 2008.
Les vertus de l'ail ne sont plus à démontrer, nous les avons tout simplement oubliées!!!
J'ai eu l'immense chance d'avoir été élevée par un père très âgé, qui connaissait les remèdes de grand-mère, et qui a bataillé pour me faire aimer ces petites gousses. Depuis, j'en mets partout!
Clairefontaine, vos articles sont très intéressants...