Eveil d'une petite fille du quart monde
Posté le 11/12/2009 par avelina 
Dans le calme de la
nuit monte un chant lointain, qui se répercute et ce décuple comme une
avalanche de pierre. Notre coq l'entonne à son tour, suivi par notre âne qui
rivalise en vocalise.
Sous la toiture de
paille, la petite famille de tchòta* commence à discuter entre eux: tit' tchip,
tit' tchip.
Dehors, maman koturnix* appelle: Tit' Tiriiit, Tit' Tiriiit.
Son mari de répondre:
Woao, woao.
Et moi de murmurer
dans mon demi-sommeil : kala boka*.
Je m'emmitoufle dans
la couverture, la fraîcheur de la nuit se fait plus perçante. C'est la terre
qui commence à exhaler ses forces, faisant remonter l'humidité emplit des
parfums de ses profondeurs. Il est trois heures pour le soleil et c'est toute
la nature qui se réveille.
C'est une odeur suave
qui disperse mes dernières brumes de rêves, des senteurs de café fraichement
torréfié et pilé, avec ses arômes mêlés aux effluves enivrantes du bois d’euphorbe
qui se consume.
Ma Grand-mère me
sourit en me tendant un bol emplie de ce nectar dont les volutes éveillent mes
sens encore engourdis. Allez ! Me
presse-t-elle en allumant la lampe à huile de purghèra*.
La flamme vacillante
joue avec les ombres et cela ne me rassurent guère ; c’est que bruxa* et
massong * rôdent encore. Je me dépêche de rejoindre Kutchido* qui m’accueille
de son doux regard. Je lui donne de la paille de sorgho avec un peu de grain,
qu’il mange avec gourmandise pendant que je tire sur les cordes de son bât. Chargés
des bidons qui s’entrechoquent sur un rythme de batouk*, nous parcourons le
chemin escarpé qui nous conduit jusqu’à la source. Cela fait une heure que nous
sommes partis que déjà le soleil enflamme les rochers de couleurs pourpres. Les
bidons emplis de ce liquide si précieux, je m’essaye à soulever au dessus de ma
tête un de dix litres pour soulager Kutchido. Ainsi chargé, nous rebroussons
chemin, mais cette fois avec quelques pauses, car la journée ne fait que
commencer. Pour nous donner courage, j’entonne un chant de mariage ; car
je suis chanteuse de cérémonie et aussi parce que je viens d’avoir huit ans.
Tchòta : Moineau à dos roux du
Cap-Vert
Koturnix : Caille
Kala boca : Fermez vos bouches
Purghèra : Jatropha curcas
Bruxa : Sorcière pleine de
méchancetés. Au septième jour qui a suivi ma naissance, la famille et les amis tout
le monde à fait la fête jusque tard dans la nuit pour empêcher qu’une bruxa ne
vienne m’enlever.
Massong : Sorcier qui parcoure la
campagne sur un cheval blanc
Kutchido : Petit grain de maïs pilé
pour retirer sa première peau. Maïs utilisé pour le plat national : la
katchupa
Batuk : Tempo polyrythmique
dansé et chanté par les femmes de l’île de Santiago Notre Mère qui est la Terre...