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Ethnobotanistes, chercheurs, ou simples voyageurs, ils parcourent le monde et nous font découvrir des paysages, des peuples et leurs rapports à la nature

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Baroudeurs du monde

Il y a 15 ans j’ai écrit un petit roman qui n’a jamais été publié. Je me permets aujourd’hui de vous en proposer un extrait. Il s’agit de réminiscences de mes randonnées les plus réussies, et une sorte de manifeste de ma philosophie des randonnées.

 

" Les forêts qui entourent la maison d’Ernest sont magnifiques : il s’agit de bois de  hêtres. Leurs longs troncs lisses s’élèvent rectilignes en une haute futaie et se prolongent en feuillage épais. Nos pas s’enfoncent dans  un  tapis   régulier  de  feuilles   lisses, brillantes d’humidité, d’une belle couleur rouille, parsemé parfois de  pervenches au  fin feuillage ponctué de petites fleurs bleues.  Nous suivons un sentier  qui chemine à flanc de  coteau,  Les  feuilles   crissent  sous  nos  pieds:  un bruissement à  droite: ce sont 2  serpents entrelacés qui se livrent  avec  fougue  à  leurs  ébats  printaniers,  ils se tordent l’un sur l’autre en un  mouvement frénétique aux soubresauts  saccadés. Un  peu  plus  loin une  flamme brune disparaît  à notre  approche: la  queue d’un écureuil.  Sa jolie forme gracieuse apparaît  puis disparaît tandis qu’il grimpe le long d’un tronc. Du haut de la plus haute branche sa petite  tête triangulaire continue  de nous observer.  Un autre bruit  de feuilles: deux merles  s’activent, remuant le terreau à la recherche de  vers et d’insectes. Notre marche nous conduit vers un chemin  plus large, curieusement  pavé de  dalles aux formes  régulières dont le  temps et les multiples  passages ont  déformé l’agencement soigné:  les interstices   sont  devenus  de larges ornières  envahies  d’herbes   folles.  les  dalles  ainsi déplacées,  s’enfoncent  dans  le  sol  en  une  géométrie irrégulière et cahoteuse.  Changement  de décor  nous voici  dans une  forêt de sapins. Depuis longtemps  les aiguilles  accumulées  en couches successives  ont formé  sur les  pavés une  épaisse couche  d’humus  dans la quelle nos pas s’enfoncent  en une démarche moelleuse.  Prés du  sol , un  impénétrable taillis  de branches mortes entremêlées porte telle une barbe grise, des strates de lichen  qui pendent spongieuses  d’arbre  en arbre, puis descendent   jusqu’au  sol en  une cascade figée. Sur  le tapis d’aiguilles parfois des  champignons: Des  amanites « tue-mouche », chapeaux  rouges à  points blancs, forment un « rond de sorcière », vaste cercle qui s’étale sous nos pieds, encerclant un mystère: Où est la sorcière?  Un rouge gorge a décidé  de nous tenir compagnie: de branche en branche  il nous fait  admirer sa belle  gorge teintée et nous salue  de son joli  petit cri. Plus haut dans la ramée, le  concert discret du vent  agite   les cimes.  J’admire la mousse et son velours aux harmonies somptueuses,  mêlant  les verts les  plus tendres,  à d’autres couleurs bien  plus soutenues, ponctuées de  rouille par les  fines tiges productrices de spores. Un vrai monde en miniature que de temps en temps les rayons de  soleil qui percent de leurs éclats le feuillage  mouvant, illuminent en   une alternance d’ombres et de lumières, opposant la chaleur  gaie du vert nouveau au vert plus sombre de la mousse ancienne. Voici la rivière, elle coule paisible  en son cours irrégulier, tantôt des  bancs  de  sable  et de   galet puis de grands bassins profonds où l’eau s’étale  calmement.  Les remous se jouent  des lumières et des ombres dans un  courant lent ou rapide qui  étale et resserre les ondes  amples ou fines,  créant des reflets  argentés où scintille en  leur transparence l’or  du sable profond. Le son harmonieux des  clapotis se mêle en un  concert varié au murmure du  vent, à  quelques cris  d’oiseaux effarouchés  par notre approche et au bruit de nos pas  qui foulent l’herbe humide.  Voici un large bief,  étang créé  par un barrage dont le canal desservait autrefois  un vieux moulin, aujourd’hui ruiné. Le décor a changé : le sol humide se couvre d’une opulente végétation,  crée de vastes  bouquets où  se mêlent roseaux, joncs, iris et herbes folles.  Les reflets mouvants de vieux murs moussus aux pierres usées laissent entrevoir au travers de l’eau noire, les formes  fugitives d’une tanche, d’une carpe,  ou  d’un  goujon.  Les  oiseaux sont nombreux. Un couple  de canards nous amuse. La femelle   gravit sans peine la  berge boueuse tandis que son compère  maladroit  tombe  et  retombe au même endroit.  Nous sourions en observant  la démarche comique  des poules d’eaux  aux pattes  palmées démesurées.  Un  héron  décolle à  notre approche, décrit  un vol  majestueux autour  de  nous, et  va se poser un peu plus loin.  Des grenouilles plongent à  chacun de nos pas.  Ailleurs d’autres mêlent leurs croassements réguliers aux cris stridents de certains crapauds.  Sous la  falaise de Montmerveille, la  rivière s’élargit et devient  profonde, Ernest me déclare  que  le lit  a été creusé à main d’homme pour rendre la  falaise encore plus inaccessible.  Une  grande  mélancolie  règne en ce lieu.  Je  revois  l’endroit  où  Ernest,  Blandine et moi aimions venir  nous reposer : sur cette herbe verte, près  de ces rochers,  sous ces grands  arbres. Ce  lieu m’apparaît aujourd’hui  rempli d’une   tristesse   et  d’une   angoisse  indéfinissable. Peut-être est-ce cette qualité  de silence : Le ruissellement monotone d’une petite cascade en amont et le cri soudain d’un oiseau  volant très vite  au-dessus de l’eau. Peut-être est-ce ces  quelques feuilles mortes,  débris d’un  automne lointain ponctuant de leur teinte  brunâtre une eau noire et opaque  dont  la  surface  figée  ne  délivre  aucun reflet. Peut-être  est-ce  cette  fraîcheur  et  cette humidité : les épaisses  forêts  et  les  hautes  falaises  ne laissent pas encore, en cette heure matinale, pénétrer  la chaleur bienfaisante  de quelques rayons de soleil. Avec  émotion je  retrouve quelques souvenirs de nos  conversations d’autrefois : Blandine portée sur  le merveilleux, moi  sur le fantastique.  Seul Ernest plus extroverti,  savait observer,  voir et comprendre ou plutôt  deviner les mystères de notre environnement : rocher  déformé,  fragment de maçonnerie, végétation étrange. Autant de devinettes qui stimulaient son esprit.  Vous pourrez  imaginer la qualité romanesque du produit  de nos imaginations ! A présent si austère,  la forêt d’alors  résonnait de  nos rires.  Et les  échos répétés de l’éclat cristallin  de l’hilarité  de Blandine rebondissaient de  rochers en  rochers, s’élevant par de là les falaises,   illuminant  cette sombre  vallée de notre gaieté. A la sortie  du défilé très encaissé  de Mont merveille, nous trouvons  un pont  romain, avec  une large  voûte en haut « dos  d’âne »  qui franchit  la rivière.  Le paysage devient dégagé et les reflets des rayons de soleil  encore rasants de ce début de matinée  pénètrent  sous  la  voûte.  Le  promeneur qui découvre cette partie du pont encore dans l’ombre, peut jouir du spectacle offert par les ondulations régulières des reflets  du soleil sur les ondes du courant  qui  illuminent  la  maçonnerie   de couleurs changeantes  en un spectacle d’une grande beauté. Voici comment le poète a décrit ce phénomène: « Les rayons de soleil pénètrent à foison sous la haute voûte et s’infiltrent au-delà, remontant  le courant limpide  d’une eau  claire, étoilée de  micas. Leurs reflets  changeants illuminent  le vieux  mûr  délabré  d’images  mouvantes aux dessins  délicats. Cette  lumière variée  scintille dans les quartz, s’infiltre  entre les pierres usées, là  où se sont incrustés mousses et feuillages légers. » Du  haut  du  pont,  la  vallée  apparaît,  c’est une vaste prairie inondée de soleil, limitée çà et là par des haies et des rangées de peupliers. Habituellement on y trouve quelques troupeaux de vaches ou de  moutons. Dans l’ancien temps  Blandine  avait  là  un  grand  ami : le cheval « Galopin ». Un magnifique percheron  très âgé qui avait rendu tant de services à son  maître bien honnête, que celui-ci lui avait  permis  de  prendre  sa  retraite  en cet endroit. Il voyait  passer  peu  de  monde  et  il s’ennuyait. Blandine bourrait  ses  poches  de  diverses  friandises, pommes, morceaux de gâteaux, sucres, quignons de  pain.  Elle  nous entraînait pour voir son vieux copain. Lorsque nous franchissions le  sommet  du  vieux  pont,  Galopin  qui nous avait sentis, poussait un hennissement de bonheur  et s’ébrouait du mieux que le lui permettait  ses vieux  membres perclus.  Quel sujet charmant,  pour  un  peintre  de  genre,  que le tableau formé par   cette gracieuse jeune fille, dans la lumière  d’une belle matinée, tendant sa main affectueuse, flattant l’encolure  de  cette animal superbe, lui offrant sa gentillesse et quelques gourmandises. Galopin reniflait bruyamment, manifestait ses  aises, dévorait ce que  Blandine  lui proposait."

 



Tags : randonnées promenade nature observation

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Commentaires

1 . le 27/02/2008, par mamoun48Grand Végétaliseur

Pourquoi ne pas le publier ?

2 . le 24/01/2008, par herbefolleVégétaliseur initiateur

quel talent !!!!!!!!!!!!! j'attends la suite avec impatience.... :-))

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