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Petit billet d'humeur printanier Début avril, les températures remontent, les articulations de mes mains se dérouillent, prêtes à se remettre au service de l'objectif macro. Un coup d'oeil par la fenêtre : tulipes, jonquilles, véroniques, mouron et chélidoine sont en fleur. Généreux végétaux qui attirent en masse dans mon jardin les premiers butineurs. Mais j'en ai fait le tour et rêve de prairies fleuries bourdonnantes de vie. J'emmène mon chien en reconnaissance au dessus du village sous un ciel plombé. Surprise ! Bonheur ! Le colza est en fleurs ! Je repère le champ parfait, bien éclairé le matin, en lisière d'un bois pour être abrité du vent et retour à la maison en attendant le bon moment.
Je ronge mon frein. Enfin, quelques jours plus tard se dessine une aube lumineuse. Je trépigne, j'enfile les bottes, l'appareil photo en bandoulière, lesté de mon objectif macro préféré et en route pour une séance photo. J'imagine déjà syrphes, abeilles, bourdons, tous ces hôtes de mon jardin se multiplier en masse au dessus d'un océan de fleurs jaunes. Les fleurs jaunes sont bien là, leur odeur poivrée chatouille mes narines. Mais pas de butineurs ! Des fleurs à perte de vue, et personne pour se gaver de pollen ? Je suis flattée que ces insectes préfèrent mon jardin au champ voisin, mais laisser tout ce pollen s'envoler relève du gaspillage. Je cherche, fouille du regard le colza. En vain. Un vrai désert. Enfin, presque au bout du champ, une tache brune papillonne au dessus d'un bouquet doré. Approche discrète, genoux fléchis. Je me relève, vise. Clic Clac ! La bête est dans la boîte.
Retour à la maison, les photos vidées dans l'ordinateur, le guide entomologique en mains pour identifier le seul visiteur du colza. C'est là que je soupçonne Dame Nature de faire preuve d'une certaine ironie : Mon insecte est une mouche. Il y a les mouches à miel, les mouches qui piquent, comme les taons, les jolis bombyles gourmands de nectars, les syrphes rayés précieux pour se débarrasser des pucerons. Ma mouche est d'une autre engeance. C'est une mouche dont les petits raffolent d'excréments ! Une mouche qui cherche la m... pour se reproduire est la seule à oser butiner ce colza qu'on prétend capable de fournir un carburant soi-disant Bio ?... De quoi réfléchir.
Tout au long du printemps, j'ai longé des champs de colza sans jamais y trouver autre chose que quelques diptères en perdition. Triste campagne champenoise... Je suis sûre que le colza bio est mieux pollenisé. Je tiens quand même à finir sur une petite note optimiste : il y a quelques jours, alors que la floraison s'achève, j'ai eu le plaisir de découvrir nichée au pied de mon champ une maigre touffe de coquelicots. Encore une fois, mon jardin fait mieux, mais dans la vie, il faut voir le bon côté des choses.

Tags : mouche colza agriculture biocarburant coquelicot diptere
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Désolée chrstv. Je ne cherchais pas à accuser les agriculteurs de tous les maux. Je vis dans un village agricole et ce sont mes voisins et amis. Beaucoup de plantes sont pollenisées en l'absence d'insectes, même si les butineurs augmentent la quantité de graines. Et j'espère que les coquelicots sont plus nombreux ailleurs. Ce billet d'humeur parle de ma pratique de la photo macro. S'il soulève le problème de l'agriculture intensive et des biocarburants , c'est plus au niveau de la politique agricole internationale, que du comportement individuel de l'agriculteur en France..